jeudi 26 janvier 2017

A l'école des pères du désert...




L’être humain est un être de parole et de regard. L’usage de la parole et du regard varie d’une personne à l’autre. Dans cette maison qu’est l’Eglise habitent à la fois des êtres de silence et des êtres de parole. Le silence des yeux et la restriction de la parole est néanmoins demandée à tous en vue d’un type de parole et de regard. Les Pères sont facilement extrêmes dans leur manière d’approcher parole et regard. Pour saint Pachôme, « personne ne doit regarder un frère en train de tresser une corde ou de prier mais que ses yeux soient attentivement fixés sur son propre travail » (Règles) ; pour saint Basile le Grand, « en général, toute parole est inutile, quand elle ne sert de rien pour le but que l’on s’est proposé pour le service de Dieu » (Règle brève).
Ce père du désert restreint l’usage de la parole à une raison particulière relative au soin de l’âme, à une nécessité pressante ou à un besoin en lien avec le travail auquel on est occupé. Pour tous les Pères, le passage par le silence vise une qualité de parole. Il ne s’agit pas seulement d’entrer dans une mesure dans l’usage de la parole mais de rechercher un type de parole caractérisé par un ton de voix, un sens de l’opportunité et un choix d’expressions. Dans la foi chrétienne, Dieu parle et se tait. Il y a une égale valeur du silence et de la parole. Dans un silence éternel, Dieu a proféré le Verbe, son Fils. Dans sa Création, il opère continuellement une action silencieuse, sans bruit. En même temps, il nous donne son Fils, Jésus-Christ, qui a prononcé des paroles ineffables et nous reflétons ce Verbe divin par nos paroles bonnes. En Gn 3, à travers le serpent, la parole devient séductrice, rusée, trompeuse. Dans la solitude, le silence vise des pensées nouvelles, de saints désirs, l’écoute de belles paroles afin de réduire au silence dans l’Esprit les pensées mauvaises, les désirs superficiels, les paroles vaines. 
Alors, l’être humain retrouve sa voix véritable et sa parole et son regard deviennent prière à l’image de saint Ignace d’Antioche : « l’eau vivifiante (l’Esprit Saint) vit en moi : cette eau parle en moi et me dit : « viens au Père » » (Lettre aux Romains). Dans le silence et la solitude, parole et regard s’orientent vers la prière. L’âme cherche alors des mots et des gestes pour s’adresser à son Dieu. Elle les trouve par la méditation constante des Ecritures et les puise en particulier dans le Livre des psaumes. C’est pourquoi le Pseudo-Athanase donne ce conseil : « Ayez des psautiers et apprenez les psaumes » (Traité sur la virginité).
Père Nicolas Delafon



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