dimanche 19 mai 2024

Pentecôte


 
« Marie à Pentecôte a été prise dans le feu de l’Esprit Saint. Ce n’est plus l’ombre qui l’enveloppe comme à l’Annonciation, mais le feu qui la saisit. Bien sûr, les apôtres et Marie vivent depuis longtemps dans l’Esprit Saint, Marie a toujours vécu dans le Saint Esprit, depuis le premier moment de sa conception. Mais l’effusion de l’Esprit à Pentecôte les saisit tous ensemble, réunis dans la même maison. Et cela est capital : L’Esprit remplit « toute la maison » et de cette plénitude chacun a sa part… 
Livrons-nous à l’Esprit de la manière qu’il voudra. Mais sachons d’avance que tout nous vient, visiblement et invisiblement, de la maison Église, et que rien ne nous est donné que pour le bien commun »
Georgette Blaquière 
L'Evangile de Marie

vendredi 29 mars 2024

Semaine sainte, un aimé du Père

C’est après une célébration, quelque part en France. Un temps arrêté.
 
L’extrême douleur… les larmes d’un homme tant brûlé d’amour qu’il vacille et laisse couler ses mots.
J’en avais posé deux seulement, dans le cœur du Père par ses mains de prêtre.
 
Brûlure d’Église…
 
On ne laisse pas un aimé du Père seul à Gethsémani.
 
J’ai veillé, accompagné les larmes et le sang de son âme… Doucement.
 
Je l’ai vu plongé en agonie, secrètement, devant la Croix, et l’assemblée tout entière se tenait en silence sans savoir qu’il s’offrait pour eux tous.
Le sait-il, lui ?
Il le vit.
Il répond à cet appel trop grand pour lui sans hésiter.
Brisé.
Épuisé.
Renouvelé...

Silence. 

mercredi 27 mars 2024

Mercredi saint, rêve de paix

Le ciel est laiteux et baigne les cerisiers en fleurs. Le temps se suspend ; il accroche aux ramilles des étincelles vertes. Le ras du sol est en fleur.


Il y là quelque chose à comprendre… le ciel immense attend, espère, de brise et de lait, frémissant peut-être, en peine peut-être, quand se rejoue la douleur d’enfantement. Dieu revient en lui-même chaque année. Chaque année il vient mourir d’amour, tout entier livré à l’erreur du monde, sous le regard de tous, et pourtant personne encore ne le voit. Chacun danse la danse d’accusation, frappant la terre en cadence, jusqu’à l’arrêt…
 
Le silence.
Il est mort.
Même l’Accusateur baissera les yeux.


Il ne se réjouira pas. Il sait trop bien la Résurrection à l’œuvre. Il sait trop bien qui sera vainqueur…
 
Il baissera les yeux.
Il verra sa pauvreté, enfin, il verra son visage dans la folie des hommes et il pleurera.
Il pleurera, l’Accusateur de nos frères, enfin. Il fléchira, enfin, au pied de la Croix. Il appellera les hommes, lui aussi tendra la main, tout brutalisé par la mort de l’Amour. Il ne le savait pas, mais lui aussi espérait, et menant sa danse d’adversaire, il aspirait à la liberté.
Il appellera les hommes qui ne l’entendent plus ; ivres de sang et de danse, ils martèlent le silence en cadence.
 
Alors il se repentira, l’Accusateur, enfin. Il ne mènera plus la danse, il ne battra plus des mains, mais sa voix, voix de douleur et de beauté montera vers le ciel, son chant, plainte de loup et de cristal, s’unira à celle des saints.
Enfin…
 
Le ras du sol est en fleur, une enfant s’émerveille…

mardi 26 mars 2024

Mardi saint: vivons, mes soeurs

Le matin est en guerre, celle des hommes. La nature chante son innocence, les oiseaux interpellent le soleil en tressant leurs voix...
 
Ici, les hommes jouent à la guerre… ailleurs, ils la font.
Ailleurs, ils tuent. Ils ont peur et ils tuent.
 
Sueur de sang.
 
Le calice est dans nos mains, toujours, et dans nos mains de femmes, nos mains de mères, nous recueillons le sang de l’humanité en douleur.
 
Il est mêlé au Sien… devient offrande par nos mains et dans nos cœurs devient prière.
 
Nos cœurs calices, un jour, débordant des larmes et du sang des aimés. Du sang de Ses frères, les enfants de son Père…
 
Les mots se posent sans moi. Je ne sais ce qui se dit, mais, mes sœurs, j’en sais le dévoilement.
 
Tous le regardent…
« Et ils regarderont vers moi, qu'ils auront percé, et ils en mèneront deuil, comme quand on mène deuil d'un fils unique…» (Za 12, 10)
 
Tous le regardent.
 
 Aujourd’hui tous regardent et voient. On ne peut ignorer la douleur du monde.
 
Tous le regardent.
 
Le calice dans nos mains recueille chaque larme, chaque peine, chaque goutte d’eau et de sang, mes sœurs, chacun de nos cœurs peut accueillir la douleur, la baigner de douceur, et tout doucement pour n’en perdre rien, la verser dans le cœur de Marie : elle le portera au Fils qui l’offrira au Père d’un souffle…
 
Semaine sainte…
 
Vivons, mes sœurs… osons entrer dans le troublant mystère d’un Dieu
qui se donne… 

lundi 25 mars 2024

Lundi saint

Un jour étrange, de bleu et de larmes…
Un matin tout en bleu, trois petits canards sur la rivière en paix, la ville se mire sur sa peau.  Cathédrale… toujours belle. Une foule de prêtres comme un mur blanc, mouvant à peine, frémissant, plutôt.

Et puis la paix, celle du dedans, qui noie les sens, qui perd le sens, l’immense ciel et la pauvreté de l’homme, la chaleur aussi, étrange, mais le gel, ce froid des os qui fait trembler tout le corps et claquer les dents.

 
Le mystère est trop grand,
Il étire l’âme au vide,
Et elle ploie et se perd,
Et se rencontre,
Et devient…

 La raison est une larme.

L’âme sourit enfin en son Dieu, parce qu’elle sait. Elle sait…
 
Tous le regardent.
L’amour se dévoile et il est violenté. Cloué. Abandonné. Mon âme soupire et se plaint, mais sa plainte est louange. Parce qu’en Lui elle est.

L’huile sainte coule et panse les plaies vives…
Douleur de femme…
Douceur de femme…
En silence.