dimanche 27 mai 2018

La Trinité, Hildegarde von Bingen, 1ère Vision.



« Une voix du ciel retentit et s’adressa à moi en ces termes : Que les hommes accèdent à la connaissance de leur Créateur, qu’enfin ils consentent à l’adorer dignement et à le vénérer ! Rédige donc cet écrit : non point comme le désirerait ton cœur, mais comme le veut mon témoignage, témoignage de Celui dont la vie n’a ni commencement ni terme ! Je n’ai pas inventé cette vision, aucun homme non plus ne l’a imaginée. C’est Moi qui ai décidé de tout, avant le début du monde. Je connaissais l’homme par avance, avant même que je ne le créasse. De même je prévoyais tout ce qui lui faisait défaut (…). »


« J’étais aidée dans ma rédaction par la confiance et par le témoignage de celui que j’avais en secret cherché lors de mes précédentes visions, que j’avais fini par trouver, Volmar, et par la confiance de cette jeune Richardis (…). »

« Je contemplai alors dans le secret de Dieu, au cœur des espaces aériens du midi, une merveilleuse figure. Elle avait apparence humaine. La beauté, la clarté de son visage étaient telles que regarder le soleil eût été plus facile que regarder ce visage. Un large cercle d’or ceignait la tête. Dans ce cercle, un deuxième visage, celui d’un vieillard, dominait le premier visage (…). Dans les mains, la figure portait un agneau qui luisait comme une journée débordante de lumière. Du pied, elle terrassait un monstre à l’aspect effroyable, vireux et noir, (qui) serrait dans la mâchoire l’oreille droite du monstre. » 
« C’est moi l’énergie suprême, l’énergie ignée. C’est moi qui ai enflammé chaque étincelle de vie. Rien de mortel en moi ne fuse. De toute réalité je décide. Mes ailes supérieures enrobent le cercle terrestre, dans la sagesse je suis l'ordonnatrice universelle. Vie ignée de l'essentialité puisque Dieu est intelligence, comment pouvait-il ne pas œuvrer ? »
« Par l'homme, il assure l'épanouissement de toutes ses œuvres. L'homme en effet, il le créa à son image et à sa ressemblance, en lui, il inscrivit, avec fermeté et mesure, la totalité des créatures. De toute éternité, la création de cette œuvre — la création de l'homme — était prévue en son conseil. Une fois ladite œuvre achevée, il remit donc entre les mains de l'homme l'intégralité de la création : afin que l'homme pût agir avec elle, de la même manière que Dieu avait façonné son œuvre, l'homme. Ainsi donc, je suis serviteur et soutien. » 
« Par moi en effet, toute vie s'enflamme. Sans origine, sans terme, je suis cette vie qui, identique, persiste, éternelle. Cette vie, c'est Dieu. Elle est perpétuel mouvement, perpétuelle opération, et son unité se montre en une triple énergie. L'éternité, c'est le Père. Le Verbe, c'est le Fils, le souffle qui relie les deux, c'est l'Esprit saint. Dieu l'a représenté dans l'homme : l'homme en effet a un corps, une âme et une intelligence. » 

Hildegarde von Bingen, "Livre des oeuvres divines, première vision"

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