mardi 12 juillet 2016

Qui est mon prochain ?



      
        « Tu aimeras Dieu de toutes tes forces et ton prochain comme toi-même. » Aujourd’hui, nous est rappelé l’essentiel, l’essentiel de notre foi et de notre vie. « Aime ton prochain. » Mais qui est mon prochain ? Il y a le prochain qu’on voit et celui qu’on ne voit pas, ou qu’on ne veut pas voir. Il y a celui qui est naturellement proche, parce qu’on partage les mêmes goûts, les mêmes idées. Il y a celui qu’on rencontre tous les jours, mais qu’on ignore. Et il y a celui que l’on rejette, parce que quelque chose nous oppose.

        Qui est donc mon prochain ? Il n’est pas celui qui me ressemble, mais celui que Dieu me donne à aimer. Voilà un homme attaqué sur la route. Un inconnu. Il est là, à moitié mort. Il est là comme un appel silencieux. Un appel à tout homme de bonne volonté qui pourrait le secourir. Et voilà successivement deux hommes, deux religieux. Mais ils passent leur chemin. Pourquoi ? Ils pensent avoir de bonnes raisons, au nom de leur religion. Et voilà un Samaritain, ennemi juré des deux premiers. Lui est touché par ce blessé. On nous dit qu’il est « saisi de compassion ». On aurait pu traduire : « pris aux tripes ». Lui va s’approcher du blessé, va prendre soin de cet homme. Lui ne calcule rien et donne ce qu’il faut pour que cet homme soit pris en charge. Nous comprenons bien tout cela. Mais l’enjeu c’est de le mettre en pratique. « Fais cela et tu vivras », dit Jésus au docteur de la Loi qui l’interroge.

         Nous pouvons aussi comprendre cette page d’Évangile à un autre niveau. En Jésus, c’est Dieu lui-même qui s’est fait notre prochain. Il s’est approché de nous jusqu’à se faire l’un de nous. Nous voyons dans l’Évangile combien Jésus prend soin de tous ceux qui sont blessés dans leur corps ou dans leur cœur. Et il se donnera tout entier, sur la croix. L’humanité blessée par le mal, par la violence, par le péché, par la mort, c’est encore la nôtre. Jésus est seulement passé au milieu de nous, mais il nous a confiés à l’aubergiste, qui est son Église. Il l’a chargée de prendre soin de l’humanité. Elle ne le fait pas toujours bien, mais c’est sa mission.

        Aujourd’hui, dans la chapelle de l’ancien couvent Saint-Gildard, nous commémorons l’arrivée au noviciat d’une jeune fille qui a voulu, à la suite de Jésus, se donner tout entière par amour de Dieu et du prochain. La petite Bernadette Soubirous, Dieu s’est approché d’elle, par Marie. À Lourdes, Marie s’est faite petite comme Bernadette, a parlé le patois de Bernadette, pour en faire la messagère de l’amour de Dieu. Et Bernadette a été touchée. Touchée par l’amour de Dieu pour elle. Et elle a voulu se donner à cet amour. Alors, elle est entrée dans cette congrégation qui a pour devise l’amour, et cet amour a été le moteur de sa vie : « Je ne vivrai pas un instant que je ne le passe en aimant. » Elle l’a dit ; et elle l’a fait. Auprès des malades, à Lourdes puis à Nevers, et dans une union de plus en plus forte à Jésus, dans sa propre maladie et dans sa mort.

        Frères et sœurs, la grande loi de notre vie est l’amour. La grande loi de notre Dieu est l’amour. Cette loi est dans nos cœurs, comme le disait la première lecture. « Elle est près de toi cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur pour que tu la mettes en pratique. »Cette Parole a aussi un visage, le visage d’un prochain connu ou inconnu qui nous dit : « Regarde-moi, écoute-moi, prends soin de moi. » En cette année de la miséricorde, saurons-nous nous approcher de ce prochain ?
Mgr Thierry Brac de Perrière
Homélie du 10 juillet 2016, sanctuaire sainte Bernadette, à Nevers, 
  
  


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