lundi 18 juillet 2016

Vocation, Thomas Merton

 Photo Dominique Cansier


         L'attrait pour un certain genre de vie et l'aptitude à la mener ne suffisent pas à établir la certitude de la vocation. Parfois, l'attrait, qui peut jouer dans de nombreux cas un rôle important, n'est pas toujours évident. L'on peut être appelé à la prêtrise tout en ayant une répugnance sensible pour certains aspects de cette vocation. Le désir d'entrer à la Trappe n'exclut pas nécessairement un certain recul devant l'austérité de la vie cistercienne.

La seule chose qui décide réellement d'une vocation est l'aptitude à rendre la résolution ferme d'embrasser un certain état de vie, et à agir d'après cette décision. Quelqu'un qui ne peut jamais se décider, jamais se résoudre fermement à faire ce qu'il faut pour vivre une vocation, n'a sans doute pas la vocation religieuse. Elle peut lui avoir été offerte : mais qui est capable d'en être certain ? Qu'il résiste ou non à la grâce, il semble en fait n'avoir jamais été "appelé". Au contraire, une  décision calme et bien arrêtée que les obstacles ni l'opposition n'arrêtent, est un bon signe que Dieu a donné la grâce de répondre à son appel, et qu'on y a correspondu. 

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        Au lieu de parler théoriquement de cette vocation, regardons plutôt sa parfaire incarnation dans l'un de ses plus grands saints : saint François d'Assise. Les stigmates de saint François furent le signe divin qu'il était, de tous les saints, le plus semblable au Christ. Il avait réussi, mieux qu'aucun autre, à reproduire dans sa vie la simplicité, la pauvreté et l'amour de Dieu et des hommes qui marquèrent la vie de Jésus. En outre, ce fut un Apôtre qui incarna parfaitement l'esprit et le message évangéliques. Connaître saint François, c'est comprendre l'Evangile et le suivre dans son esprit sincère et pur; c'est vivre l'Evangile dans toute sa plénitude. Sa sainteté géniale lui permit de communiquer au monde les enseignements du Christ non sous tel ou tel aspect, en des fragments commentés et analysés par la pensée, mais dans l'intégrité de sa simplicité existentielle. Saint François était ce que doivent être tous les saints : un "autre Christ".

Sa vie ne reproduisit pas seulement tel ou tel mystère de la vie du Christ, il ne se contenta pas de revivre les humbles vertus de la divine Enfance et de la vie cachée à Nazareth, d'être tenté dans le désert avec le Christ ou aussi las que lui dans ses voyages apostoliques. Il ne fit pas simplement, comme Jésus, des miracles. Il ne fut pas seulement crucifié avec Lui. Tous ces mystères étaient unis dans la vie de saint François et, ensemble ou séparément, nous les y retrouvons tous. Le Christ ressuscité revécut parfaitement dans ce saint qui fut complétement possédé et transformé par l'Esprit d'amour divin...


Thomas Merton, "Nul n'est une île"

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